Assurance, innovation et évolution comportementale

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Une conjonction d’éléments m’ont amené à réfléchir ces derniers temps sur le lien entre assurance, innovation et évolution comportementale ! Il est l’occasion de vous donner mon point de vue sur la question.

On considère souvent que l’assurance est réactive. En effet, elle réagit à des événements appelés sinistres pour indemniser la perte résiduelle.

Des campagnes, parfois célèbres (je pense à la prévention routiere), ont vocation à transformer les comportements en amont pour réduire les sinistres en aval. Pour l’assureur, c’est un investissement initial qui trouve son ROI dans la réduction des indemnisations. On est ici dans un modèle ou l’assureur est préventeur et non plus seulement indemnisateur.

Toutefois, beaucoup de débats ont lieu ces dernières années pour donner à l’assureur un rôle sociétal plus proactif en amont pour réduire les risques et donc changer les comportements. La télématique embarquée (avec les offres de Pay-How-You-Drive par exemple) à souvent été vue comme un moyen incitatif aux bonnes pratiques: si tu conduis mieux, je te fais payer moins cher. Idem pour les bracelets connectés de sante: si tu fais du sport, tu auras une réduction.

Toutefois, on constate que ces démarches ne fonctionnent pas toujours ou qu’elles ne sont pas efficaces. Cependant, ne dit-on pas « chassez le naturel il reviendra au galop »? L’enjeu est donc double:

  • Trouver de nouvelles solutions pour influencer les comportements.
  • Ajuster les offres pour mieux coller aux comportements individuels plutôt que vouloir standardiser les réponses.

Les nudges au service du changement comportemental

Contexte

Il ne vous aura sans doute pas échappé que le dernier prix Nobel d’économie (2017) à été attribué aux recherches sur L’économie dite comportementale. Pour en savoir plus, lisez ici. On appelle aussi cela la manipulation bienveillante.

assurance innovation et evolution comportementale
Page de garde du livre Guide de l’économie comportementale, téléchargeable gratuitement ici. Merci au passage à Yuri qui m’a offert le livre papier.

Je ne chercherai pas ici à détailler intégralement les possibilités offertes pour l’assurance, car cela mérite d’y réfléchir sérieusement. En attendant, je vous invite à lire le très bon article d’un de mes concurrents sur la question. Voici l’exemple cité:

Pour certaines assurances automobiles américaines, la déclaration du kilométrage réalisé dans l’année (n) conditionne la prime de l’année suivante (n+1). Le taux moyen de sous déclaration est estimé à 15% par rapport au Km réellement fait. Un Nudge a été testé pour tenter d’améliorer les déclarations. Au lieu de signer la déclaration sur l’honneur à la fin du document, les chercheurs l’ont mise sur l’entête du document, soit avant la déclaration. Ce simple changement entraîne une augmentation de 10% du nombre de Km déclarés, soit un gain pour l’assureur de 48$ par assurés. La simple réorganisation de la structure du document, de l’architecture de choix, permet de modifier le comportement de l’assuré et donc d’augmenter les revenus.

Quelques exemples de nudges pour l’assurance

Voici quelques exemples de nudges qui sont ou pourraient être pertinents pour l’assurance en fonction des objectifs:

  • Réduire les risques: L’incitation à mieux conduire.
    • La solution mise en œuvre par Liberty Mutual et relayée ici consiste en un mélange de gamification et d’information aux conducteurs. Grâce à la télématique embarquée, la solution permet à chacun de consulter ses informations de conduite et d’envisager comment mieux conduire et donc comment réduire sa prime, le taux de réduction s’actualisant en direct tous les jours pendant 3 mois avant d’être figé.
    • En poussant l’exercice en dehors du périmètre pur d’intervention de l’assureur, nous pouvons noter que le fait de tracer, sur la route, des bandes blanches de plus courtes donne l’impression d’aller plus vite et incite à ralentir sans même s’en rendre compte.
  • L’incitation à la souscription:
    • Une étude relayée dans l’ouvrage ci-dessus (London Economics et YouGov en 2013 pour la FCA) a montré l’impact de la présentation de l’offre d’assurance en parallèle d’un autre produit. C’est le cas par exemple lors de l’achat de l’assurance lors de l’achat du mobile ou de l’assurance annulation de séjour.

assurance innovation et evolution comportementale

Au delà de l’aspect éthique discutable, cela montre bien l’influence de la stratégie de distribution sur les choix des assurés.

  • Le choix des priorités: Last-mile problems (lire pour cela cet article et celui-là)
    • La décomposition des populations peut se faire en fonction d’une probabilité de souscription. En identifiant 3 segments (effort faible, moyen et fort) grâce à l’intelligence artificielle, on peut alors déterminer qui a la probabilité la plus forte de parcourir le dernier « mile » jusqu’à la souscription. Ces populations pour lesquels l’effort est faible se verront traité différemment pour recevoir, le moment venu, un petit coup de pouce! Cela peut prendre la forme d’un texto, d’un petit message sur l’écran ou d’un mail de bienvenue lors donnant le petit plus qui suffira à les convaincre.

Je reviendrai ultérieurement sur ces questions avec d’autres cas d’usage détaillés pour imaginer plus précisément comment utiliser ces méthodes.

Ajuster les offres

La plupart des offres actuelles sont très standardisées. Elle tiennent compte d’un besoin considéré comme identique pour tous les assurés. A l’heure de l’individualisation, pourquoi ne pourrait-on pas envisager d’adapter la couverture plus finement en fonction des risques véritables des assurés. J’entends déjà les réactions: « C’est le propre de notre métier », « Nous le faisons déjà », les contrats proposent des options et des choix de niveaux pour s’assurer en fonction de son besoin ». Très bien, mais en vrai, peut-on réfléchir autrement?

Le discours de Wilov est très intéressant sur ce point. La plupart des assurés auto conduisent moins de 50jours par an. Pourtant ils sont couverts à temps plein. En inventant le « Pay-When-You-Drive », leur postulat de départ est de ne faire payer les conducteurs que lorsqu’ils conduisent! Le prix n’est pas nécessairement beaucoup plus faible, en revanche, le ressenti de l’assuré est bien meilleur (sous réserve que l’expérience utilisateur soit au rdv bien sur!).

La démarche d’Inspeer va dans un sens similaire. Partant du postulat que changer le comportement est compliqué, Emmanuelle Mury et son équipe travaillent sur la notion de groupes affinitaires qui vont autour de l’usage. En clair, ils identifient des comportements similaires, et créent l’offre qui correspond. J’y reviendrai également dans un article dédié!

En bref, la notion d’offre est encore trop vue aujourd’hui comme unique, identique pour tous. En effet, les systèmes informatiques ne permettaient pas de déployer facilement et rapidement des variantes et la personnalisation, ou l’illusion de la personnalisation se faisait au niveau du marketing. Il est temps de passer à un niveau supérieur!

 

Et vous, qu’en pensez-vous? Quand commençons-nous à remettre vos offres à plat?

Swiss Re – Revue globale de l’assurance 2017

revue globale de l'assurance 2017

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SwissRe vient de publier sa revue globale de l’assurance 2017 et ses prévisions 2018. Le document est accessible à ce lien (Global insurance review).

L’innovation est essentielle, mais pour identifier de nouvelles réponses, je reste persuadé qu’il faut bien comprendre l’état du marché actuel. Ce type de rapport est donc essentiel pour affiner la grille de lecture de ce qui se passe dans le monde qui nous entoure! D’autant plus lorsqu’ils donnent de précieux éléments de compréhension des solutions innovantes! Continuer la lecture de « Swiss Re – Revue globale de l’assurance 2017 »

Accenture – Réimaginer le futur de la distribution

reimaginer le futur de la distribution

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Accenture publie son dernier rapport dédié à la transformation de la distribution en assurance. L’ambition est de réimaginer le futur de la distribution. La dernière version de ce rapport datait de début 2016.

La digitalisation transforme la distribution en assurance

Le rapport s’appuie sur un sondage réalisé auprès de 400 managers du secteur dans le monde entier. Le premier enseignement est que la grande majorité des acteurs travaillent ou envisagent de travailler à une restructuration du modèle de distribution, et notamment en tirant parti des avantages du digital. Seul 1 acteur sur 5 n’y pense pas.

Accenture fait émerger six tendances:

  • Canaux digitaux
  • Expériences utilisateurs améliorées par la connaissance client
  • Changement du rôle de l’agent
  • Le futur des comparateurs
  • Le rôle des écosystèmes
  • L’internet des objets.

Continuer la lecture de « Accenture – Réimaginer le futur de la distribution »

Insurection by Groupe April: Compte Rendu

insurection by groupe april

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Le lundi 6 novembre 2017, le Groupe April a organisé l’événement Insurection, voulu comme le plus grand événement français dédié aux insurtechs. 300 personnes étaient présentes, et, dans le cadre de nos activités autour de l’innovation dans l’assurance, j’étais présent pour représenter Siltéa.

Retour sur cette journée, avec les éléments clés à retenir: les tables rondes et les startups présentes. Continuer la lecture de « Insurection by Groupe April: Compte Rendu »

BAIN – Fidélisation de l’assuré par les écosystèmes

fidélisation de l'assuré par les écosystèmes

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Le cabinet de conseil en stratégie Bain a publié en septembre son rapport annuel sur les consommateurs de produits d’assurance grand public (Auto, MRH, Santé et Vie). L’étude porte sur l’analyse internationale (20 pays) de 172000 clients, leur pratique, leurs comportements et s’intéresse en particulier à la fidélisation de l’assuré par les écosystèmes.

Plus précisément, l’objectif de Bain est d’analyser plus en détail ce dernier point. En effet, le postulat de départ est simple :

  • les clients changent en moyenne de contrat d’assurance tous les 3 à 6 ans
  • plus de moitié des assurés n’ont eu aucun contact, quel qu’il soit avec leur assureur dans les 12 derniers mois.

Ainsi, comment est-il possible d’exploiter le levier de la fidélité pour attirer ou retenir de nouveaux assurés. Continuer la lecture de « BAIN – Fidélisation de l’assuré par les écosystèmes »

Université St Gall – The current insurtech landscape

current insurtech landscape

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Un rapport d’analyse a récemment été publié par deux chercheurs de l’Institute of Insurance Economics de l’université de St Gall en Suisse, en coopération avec Swiss Re. Il s’agit d’Alexander Braun et Florian Schreiber. Ce rapport de 194p s’intitule « The current insurtech landscape – Business models and disruptive potential« . La réputation de l’université et le support de Swiss Re donnent quelques indices sur la qualité du rapport en question!

L’objectif du rapport est ambitieux et triple:

  • Etablir un état des lieux du milieu des insurtechs dans le monde, et comprendre quelles catégorisations sont utilisées;
  • Proposer une catégorisation plus pertinente faisant notamment mieux apparaître les questions de business models
  • Etudier le potentiel de disruption et les réactions possibles des assureurs traditionnels.

Continuer la lecture de « Université St Gall – The current insurtech landscape »

Lemonade ou la décomposition de la chaine de valeur

décomposition de la chaine de valeur

L’assureur états-unien Lemonade, dont je parle régulièrement et dont je suis les travaux avec attention, vient d’ouvrir des accès via des api à ses services. Le très bon blog C’est pas mon idée a notamment relayé l’information il y a quelques jours, mais il me semble qu’un point n’a pas été suffisamment mis en avant: la décomposition de la chaine de valeur.

Rappel sur la proposition de Lemonade

Généralités

Lemonade a décidé d’ouvrir des « API » (Application Programming Interface) vers son système. En clair, l’idée est de permettre à des tiers de s’interfacer directement avec leur outil de souscription ou de gestion avec une simplicité extrême.

L’objectif est donc de permettre à tout développeur ou toute personne qui propose un service ou la vente d’un bien pouvant être concerné par une assurance d’en bénéficier directement dans les applications ou sites web natifs. Ainsi, il est possible de s’épargner des échanges parfois longs ou compliqués entre un intermédiaire et l’assureur. Finies les négociations et demandes d’informations complémentaires.

2 solutions d’intégration

Lemonade met à disposition 2 solutions:

  • Une intégration simple en une ligne de code du bot Lemonade qui collecte les informations nécessaires à la tarification.

  • Une intégration plus complète, sans couture visible, dans le processus cible.

 

Dans les 2 cas, c’est bien un accès direct aux produits que propose Lemonade, et cela a des conséquences diverses.

Une décomposition de la chaine de valeur

Distributeurs vs porteur de risque

La première conséquence visible est la différenciation stricte entre les distributeurs et les porteurs de risques, ce que j’appelle la décomposition de la chaine de valeur.

En effet, cela signifie que, dans le modèle envisagé par Lemonade, ils ne se voient plus comme des distributeurs et renvoient cette fonction à des tiers. On retrouve un modèle nouveau, de spécialisation de chacune des étapes de la chaine réparties entre différents acteurs:

  • Les porteurs de risques, les assureurs,
  • Des distributeurs / souscripteurs,
  • Des gestionnaires contrats et / ou sinistres.

Cette liste n’étant évidemment pas exhaustive.

Cette nouvelle modélisation est à mon sens une nouvelle méthode de fonctionnement pour l’avenir, qui existe déjà en partie à travers les réseaux de distribution ou les délégataires de gestion. En revanche, jusqu’à maintenant, l’assureur restait maître du processus et sous traitait tout ou partie de ses activités. Désormais, dans le cas de Lemonade, l’assureur est ramené à sa portion congrue de porteur de risques. Charge à d’autres acteurs de s’assurer de la distribution, et cela soulève une autre conséquence.

L’assurance, un produit qu ne se vend plus

On assiste donc à un changement de paradigme. L’assurance n’est donc plus un produit qui se vend, que l’on distribue.

C’est au contraire un produit que l’on vient acheter, lorsque l’on en a le besoin. Cette notion de besoin est fondamentale dans un postulat de couverture d’une satisfaction client. C’est le premier pas vers la notion de « customer-centricity » (orientation client en bon français).

Cela parait anecdotique, mais c’est finalement très significatif, car les conséquences sont multiples. Entre autres:

  • Les offres doivent être adaptées pour le besoin
  • Les procédures et outils doivent être fluides
  • Le service doit être impeccable.

Si l’on cherche à extrapoler la cible, les enjeux résident donc dans la connectivité entre différents acteurs et donc l’ouverture des outils.

Nous savions déjà que Lemonade souhaitait fixer de nouveaux standards de marché, mais nous découvrons progressivement quelques unes de leurs idées!

Insurance Nexus – Tendances globales assurance 2017

tendances globales assurance 2017

Insurance Nexus a publié cet été un rapport qui pourrait rapidement devenir une référence! Celui-ci s’intitule « Tendances globales assurance 2017« , ou, en anglais « Global trends maps 2017 ».

Plus de 1000 personnes ont été interrogées, tout autour du monde pour cette étude assez complète. La répartition géographique montre une prédominance Europe et Amérique du Nord, mais près d’un quart des répondants proviennent d’autres régions.

tendances globales assurance 2017 Continuer la lecture de « Insurance Nexus – Tendances globales assurance 2017 »

World Economic Forum – Beyond fintech

beyond fintech

Le World Economic Forum (WEF, bien connu comme l’organisateur du forum annuel de Davos) vient de publier le 3ème volet d’une étude passionnante sur le potentiel de transformation des fintechs sur les services financiers. Le titre d’origine est « Beyond fintech – A Pragmatic Assessment Of Disruptive Potential In Financial Services ». Depuis fin 2014, le WEF s’intéressait à ce sujet et cherchait à savoir dans quelle mesure tous les intervenants du secteur allaient être touchés. 2 phases d’analyses ont donné lieu à différents rapports (Note: j’en ferai des notes dédiées à l’occasion!):

Ce troisième rapport cherche donc à répondre à 3 questions:

  • Quelles sont les innovations qui ont eu le plus d’impacts sur les services financiers depuis 2015, et quelles sont celles, prometteuses, qui ont échoué à produire un impact?
  • Comment ces innovations modifient la manière dont les services financiers sont organisés et structurés, ou seront consommés dans le futur?
  • Quelles sont les conséquences plus globales de ces innovations sur le système financier?

beyond fintech

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