IRDES – Les ACO américains : des enseignements pour la France?

ACO américains

L’IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Economie de la Santé) est un gip qui effectue de la recherche indépendante et produit des publications scientifiques. Ils s’adressent aux chercheurs et aux acteurs publics et privés des domaines de la santé et de la protection sociale. Il ont publié en avril 2017 un rapport d’analyse sur les ACO américains (Accountable Care Organization). Ce rapport s’intitule: L’expérience américaine des ACO: des enseignements pour la France?

Rappel d’organisation des ACO américains

Les ACO américains, mis en place dans la foulée de l’Obamacare en 2010 sont un ensemble d’environ 800 organismes intermédiaires, sous contrats publics ou privés et qui coordonnent des offreurs de soins. Ces Accountable Care Organization sont associés pour garantir la performance des traitements appliqués à leur patientèle de « tutelle ». Environ 15% des américains sont couverts par ce type de structure, soit 28millions de personnes.

Si l’assurance santé aux Etats-Unis diffère de la France quant aux types d’acteurs, les modalités d’accès aux soins sont globalement similaires. L’essentiel des soins ambulatoires est géré par des libéraux. Pour tout le reste, un tiraillement existe entre une notion de réseaux de soins d’un côté (Managed Care Organizations – MCO) et une volonté globale de favoriser la concurrence. Dans les deux cas, l’objectif recherché est une réduction des coûts.

Les ACO américains vont plus loin que la notion de MCO en intégrant une notion de qualité des soins au-delà du simple coût de ceux-ci. Tous les assureurs peuvent signer des contrats de ce type dans un but de se doter d’une gouvernance pour atteindre des objectifs de qualité et financiers communs. Il faut au minimum 5000 patients couverts, intégrer différents secteurs de soins ou bien encore prévoir différentes modalités de rémunérations. Côté prestataires de soins, il est tout à fait possible, tout en ayant signé un accord avec un ACO, de continuer à recevoir d’autres patients. La relation n’est pas exclusive. Si l’on rapproche cela du fonctionnement français, cela correspondrait à un réseau de soins, qui, en plus de négocier des tarifs, serait également co-responsable de la qualité de la prestation servie et de son efficacité.

La France, qui s’affiche comme pays de référence sur la qualité des soins, a-t-elle quelque chose à apprendre ou à s’approprier de ce modèle?

3 axes d’analyse

Les modalités de rémunération

Le principe de rémunération est essentiel dans le modèle, car c’est l’incitation majeure qui détermine le fonctionnement des ACO.

Plusieurs concepts complémentaires font partie du modèle:

  • La rémunération des actes: la première brique
  • La rémunération de la qualité: sur la base de scores ou de bonus / malus
  • Le partage des risques: par un système proche de la participation aux bénéfices

Puis, pour chacune de ces composantes, les modalités peuvent varier entre les différents acteurs. Par exemple, pour la rémunération des actes, 3 exemples sont cités: rémunération principale à l’acte, comme en France (la TAA), la capitation (tarification par « tête »), ou encore le principe d’un budget global réparti selon une clé de répartition à définir.

Au global, un certain nombre d’indicateurs sont utilisés et tiennent compte, la plupart du temps:

  • d’indicateurs de structure pour 10% du global,
  • de processus pour 70%
  • de résultats pour 20%.

Note: si un ACO peut techniquement travailler avec plusieurs assureurs, les modalités pratiques de facturation différentes dans tous les cas rendent cet exercice compliqué.

Quelles améliorations espérer?

Malgré un faible recul, 2 axes ont pu être observés et étudiés:

  • L’apport des ACO américains en termes de réduction de dépenses. Celle-ci est faible, mais réelle entre un système traditionnel, et un passage via ACO, sur 2 populations comparables. L’ordre de grandeur constaté est de 0,7% des dépenses. Note: Cela représente 67$ par américain, ce qui donne un coût annuel d’environ 10000$. Est-il raisonnable d’envisager les mêmes résultats en France?
  • Les gains de qualité: l’amélioration est variable. Pour le suivi des maladies chroniques, l’amélioration est significative, alors que pour les soins courants ou la prévention/dépistage, ce n’est pas le cas. Note: Instinctivement, on perçoit que les gains sont les plus importants lorsque l’on traite de volumes coûteux.

Quels leviers exploiter?

Plusieurs éléments ont été envisagés pour améliorer le fonctionnement, la coordination ou la qualité. Par exemple, cela concerne la sélection des membres ou des incitations. Cependant, plusieurs pistes sont formulées de manière plus poussées:

  • Des SI chaînés qui traitent l’intégralité du processus métier: ce point est déjà plutôt efficace en France, mais pas nécessairement aux Etats Unis.
  • L’identification proactive des patients ayant des besoins de dépenses importants. Je vous invite à relire à ce sujet cet article.
  • Le développement des care managers, (en France le case management), pour organiser et coordonner l’approche globale.
  • Des programmes de transition hopital ville
  • Des dépenses d’investissement dans le fonctionnement des structures avec éventuellement plus de salariat: On voit apparaître ce point en France, avec le même type de questionnement dans les déserts médicaux par exemple.

Mon avis sur les ACO américains

Il est évident qu’il y a un manque de recul pour effectuer un véritable retour d’expérience. Toutefois, on sent poindre ici un modèle d’organisation qui pourrait s’intégrer intelligemment dans la structure des frais de santé en France. Cela donnerait aux assureurs un rôle encore plus actif par rapport à cette activité en organisant des incitations. Nous sommes encore malheureusement un peu frileux dès que l’on touche ce sujet en France, mais les mentalités évoluent.

Sur la forme, il est regrettable que le document ne puisse être reproduit car le travail d’étude réalisé mériterait d’être plus partagé!

Inspeer.me et l’assurance collaborative affinitaire

assurance collaborative affinitaire

La startup inspeer.me se positionne sur le segment de l’assurance collaborative affinitaire. J’ai eu l’occasion d’avoir un échange téléphonique avec sa co-fondatrice, Emmanuelle Mury, il y a quelques temps. J’en profite pour vous en dire un peu plus sur son activité!

Un peu d’histoire

Inspeer.me a été lancé en 2015 autour d’un produit dédié à la mutualisation de la franchise d’assurance. Ce produit permettait, sans changer d’assureur et de contrat, de mutualiser sa franchise au sein d’un groupe. Indirectement, cela ouvrait la possibilité pour les assurés de renégocier avec leur assureur une franchise plus élevée.

L’offre a progressivement évolué, pour mieux s’adapter aux besoins des clients, et contourner les difficultés inhérentes à la notion de communauté d’une part, et celle de produit collaboratif d’autre part!

Trois questions identitaires autour de l’assurance affinitaire collaborative

Comment adresser la notion de communauté?

Un des premiers retours d’expérience d’Inspeer, est que la communauté ne se décrète pas! En clair, il ne suffit pas de montrer aux gens qu’ils ont un point commun, un intérêt commun ou des affinités pour qu’ils considèrent pertinent d’aligner leurs démarches!

assurance collaborative affinitaire

Ainsi, il est illusoire de penser que l’on peut laisser à l’assuré l’initiative de la démarche de rapprochement. La communauté ne se crée pas, il s’agit plutôt de mieux savoir segmenter les besoins existants pour y apporter une réponse pertinente! On se trouve à mi-chemin entre des offres grand public, de masse et peu différenciées, et des offres (ou surtout des tarifs) totalement individualisées. C’est tout le concept de l’assurance affinitaire, qui existe déjà, mais qu’il est désormais possible d’affiner.

Qu’est ce qu’un produit collaboratif?

Par la nature même de l’assurance, tous les produits sont « collaboratifs ». En effet, ils visent à mutualiser un risque! Dans le cas qui nous intéresse, les produits dits « collaboratifs » ont vocation:

  • Soit à effectuer cette mutualisation sur un groupe de personnes restreint et connu (une communauté par exemple). Dans ce cas, l’effet recherché est la volonté de ne pas payer pour des mauvais conducteurs par exemple, en mettant en avant la connaissance et la confiance en la dite communauté.
  • Soit de faire porter le risque différemment: partage de franchise par exemple (c’était le produit d’origine d’inspeer.me). Dans ce cas, il s’agit de pouvoir envisager la relation avec l’assureur de manière différente. C’est le même principe que de l’auto assurance ou de la conservation, mais on choisit de réassurer cette franchise au sein d’un groupe connu.

Dans la plupart des cas connus existants, cette notion de collaboratif va jusqu’au reversement de la part de prime perçue et non utilisée à des œuvres charitables. Je pense notamment à Lemonade dans ce cas, qui a poussé l’exercice le plus loin: cet argument incite selon lui les gens à faire attention et ne pas trop « consommer » l’assurance!

Quel sens peut-on donner à son produit d’assurance

Enfin, le dernier point soulevé par la démarche d’Inspeer.me est la notion du sens à donner à son produit d’assurance. En effet, les personnes qui pourraient être intéressées par la notion d’assurance collaboratives ont tendance à indiquer qu’elle souhaite que leur assurance ne soit pas juste un produit financier. Ces individus s’intéressent au rôle social et sociétal de leur action et sont souvent attirées par les entreprises du monde de l’économie sociale et solidaire.

Les perspectives d’Inspeer.me et de l’assurance collaborative affinitaire

Bref, côté Inspeer.me, forts de ces constats et de leur première expérience, les produits se sont améliorés. Ainsi, plutôt que de chercher à créer la communauté de toute pièce, ils sont partis d’usages communs qui supposaient l’existence d’une communauté (plus ou moins formalisée et constituée). Ainsi est née l’assurance pour les véhicules électriques.

En effet, les conducteurs de ce types de véhicules ne trouvaient pas d’assurance satisfaisante (mauvaise ou absence de couverture de la batterie par exemple) et ont des comportements similaires (plus prudents, pour préserver la batterie de ces véhicules et volonté d’exploiter ces véhicules au mieux).

Le produit a été co-construit sur et avec les réseaux sociaux, de manière participative, pour bien intégrer les besoins et les usages.

Le produit a été lancé en juillet 2017, il est donc trop tôt pour en tirer des enseignements, mais les premiers résultats sont plutôt encourageants.

Conclusion sur l’assurance collaborative affinitaire d’Inspeer

Dans la lignée de ce que j’écrivais il y a quelques temps, il apparaît que chercher à modifier le comportement pour le faire tenir dans une offre produit standardisée ne fonctionne pas. Quand bien même cette offre serait collaborative! Ainsi, c’est bien la spécialisation des offres pour être les plus ajustées possibles aux usages qui peut intéresser et changer la donne.

C’est en ce sens que j’indiquais dans mes 6 prédictions pour 2018 que la refonte des offres me semble nécessaire et souhaitable!

Inspeer a semble-t-il trouvé une piste intéressante à creuser, il reste à savoir s’il est possible (et comment) de trouver d’autres communautés pertinentes pour étendre l’activité.

Deecide – Enchères inversées d’assurance

encheres inversées d'assurance

Deecide est l’un des 3 acteurs du monde de l’insurtech belge (avec Qover et Seraphin). C’est un acteur qui mérite d’être signalé dans la relation qu’il tente d’imposer dans la distribution d’assurance en Belgique. J’ai eu l’occasion de les avoir au téléphone il y a quelques temps, j’en profite pour relayer un peu de précisions sur leur contenu.

Contexte

La société a été créée par Gilles Meignin et Antoine de Beys.

Comme beaucoup d’entrepreneurs, c’est après une expérience dans le monde de l’assurance que les 2 co-fondateurs se lancent. Ils connaissent donc très bien le métier, et le contexte belge, légèrement différent de la France. En effet, la part du courtage en Belgique y est bien plus importante, de l’ordre de 70 à 80% du volume d’affaires.

Une levée de fonds à l’été 2017 a permis de lancer le site à l’automne.

Après quelques jours de lancement et une campagne de communication télé, le site comptait déjà près de 700 personnes inscrites, ce qui était un début prometteur.

Offre / Promesse

Le site propose un système d’enchères inversées d’assurance.

  • Un assuré qui souhaite trouver un nouveau contrat se crée un compte et se connecte;
  • Il crée sa demande en détaillant le contenu de son profil et du risque à couvrir, comme sur n’importe quel deviseur ou comparateur en ligne;
  • Sa demande est publiée une dizaine de jours sur le site;
  • Dans un 1er temps, l’intermédiaire actuel déclaré de l’assuré a l’exclusivité pour ajuster la proposition de son propre assuré;
  • Si aucun accord n’est trouvé, les partenaires assureurs (maisons mères, agents, courtiers, etc) ont la possibilité de venir proposer une offre;

encheres inversees d'assurance

  • Les assureurs qui ont fait une proposition ont la possibilité de voir les réponses des autres et éventuellement de surenchérir (prix, service);
  • L’assuré peut « deecider » l’offre qui lui semble la plus pertinente pour son besoin.

Tout au long de ce processus, une messagerie interne permet à l’assuré d’échanger facilement avec les assureurs qui répondent.

Mon avis sur les enchères inversées d’assurance par Deecide

Je craignais que la solution ne soit trop proche d’un simple comparateur. En revanche, là où le comparateur ne met souvent en avant que le prix, Deecide laisse la place pour mettre en avant des services additionnels ou le contenu des offres en termes qualitatifs.

Toutefois, à mon sens, Deecide rentre dans la catégorie des améliorations ou accélérateurs que les assureurs peuvent ou pourraient déployer s’ils prenaient la peine de s’intéresser aux usages, demandes et expériences de leurs clients. N’attendons donc pas de Deecide de révolutionner la distribution d’assurance, mais bien de participer à établir un nouveau standard de marché.

Gras Savoye – Les marchés de l’assurance 2018

marchés de l'assurance 2018

Le courtier Gras Savoye, appartenant au Groupe Willis Towers Watson, a publié en septembre 2017 une note de conjoncture intéressante sur la transformation des métiers de l’assurance 2018. Ils reviennent donc, par ligne business sur les tendances en cours.

Généralités

Globalement le marché de l’assurance français est plutôt stable:

  • Le marché mondial est en léger repli
  • La France reste un marché important (5ème acteur mondial), avec un peu plus de 200Mds d’euros de primes
  • L’assurance de personnes représente 75% de ce chiffre, et voit une progression des primes prévoyance
  • L’assurance de biens est sujette à une forte concurrence, et subissent une hausse importante de la sinistralité, qui affecte les résultats techniques. C’est dû notamment aux événements climatiques.

Dans le détail des marchés de l’assurance 2018

En bref

Vue la richesse du rapport, il est compliqué de le synthétiser, et je préfère vous suggérer de vous y référer si besoin est. Je préfère donc vous présenter le plan!

marchés de l'assurance 2018 marchés de l'assurance 2018

Chaque thématique est traitée selon 5 axes:

  • Capacité / Appétit
  • Prix
  • Franchises
  • Garanties
  • Souplesse

Quelques points essentiels à retenir

  • 3 alternatives au transfert de risques sont présentées:
    • Assurance structurée: qui permet de couvrir les conséquences sur plusieurs exercices des risques nouveaux ou complexes. (terrorisme, pandémies, grêves, etc.)
    • Assurance paramétrique: ou index-based insurance, dont j’ai déjà beaucoup parlé ici
    • Approche mutli-line / Multi-year: qui permet de réduire la volatilité
  • Les polices D&O (Dirigeants) continuent d’évoluer et de s’adapter à des risques très changeants. Le sur-mesure est de mise sur ce marché rentable et dynamique (nouvelles réglementations, risques cyber, etc qui accroissent les risques pour les dirigeants).
  • L’intérêt va croissant pour les garanties combinées fraude / cyber, bien que ces montages ne permettent pas toujours d’obtenir les meilleures propositions. Note: On comprend en creux que les clients cherchent à tout prix à se couvrir contre un risque méconnu, mais perçu comme critique.
  • Les produits Kidnap & Ransom sont en plein essor, du fait d’un contexte géopolitique international parfois hasardeux.

Conclusion: Mon avis

Ce rapport est une mine d’information, très technique, mais essentiel à une bonne compréhension de la complexité des risques lourds. A déconseiller sur la table de chevet, mais impérativement sous le coude!

En creux, on y voit apparaître, comme souvent, les produits d’assurance qui pourraient demain se généraliser. Les tendances observées, notamment sur le cyber, la fraude ou les aspects réglementaires sont en ce sens de bons indicateurs du futur.

Assurance, innovation et évolution comportementale

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Une conjonction d’éléments m’ont amené à réfléchir ces derniers temps sur le lien entre assurance, innovation et évolution comportementale ! Il est l’occasion de vous donner mon point de vue sur la question.

On considère souvent que l’assurance est réactive. En effet, elle réagit à des événements appelés sinistres pour indemniser la perte résiduelle.

Des campagnes, parfois célèbres (je pense à la prévention routiere), ont vocation à transformer les comportements en amont pour réduire les sinistres en aval. Pour l’assureur, c’est un investissement initial qui trouve son ROI dans la réduction des indemnisations. On est ici dans un modèle ou l’assureur est préventeur et non plus seulement indemnisateur.

Toutefois, beaucoup de débats ont lieu ces dernières années pour donner à l’assureur un rôle sociétal plus proactif en amont pour réduire les risques et donc changer les comportements. La télématique embarquée (avec les offres de Pay-How-You-Drive par exemple) à souvent été vue comme un moyen incitatif aux bonnes pratiques: si tu conduis mieux, je te fais payer moins cher. Idem pour les bracelets connectés de sante: si tu fais du sport, tu auras une réduction.

Toutefois, on constate que ces démarches ne fonctionnent pas toujours ou qu’elles ne sont pas efficaces. Cependant, ne dit-on pas « chassez le naturel il reviendra au galop »? L’enjeu est donc double:

  • Trouver de nouvelles solutions pour influencer les comportements.
  • Ajuster les offres pour mieux coller aux comportements individuels plutôt que vouloir standardiser les réponses.

Les nudges au service du changement comportemental

Contexte

Il ne vous aura sans doute pas échappé que le dernier prix Nobel d’économie (2017) à été attribué aux recherches sur L’économie dite comportementale. Pour en savoir plus, lisez ici. On appelle aussi cela la manipulation bienveillante.

assurance innovation et evolution comportementale
Page de garde du livre Guide de l’économie comportementale, téléchargeable gratuitement ici. Merci au passage à Yuri qui m’a offert le livre papier.

Je ne chercherai pas ici à détailler intégralement les possibilités offertes pour l’assurance, car cela mérite d’y réfléchir sérieusement. En attendant, je vous invite à lire le très bon article d’un de mes concurrents sur la question. Voici l’exemple cité:

Pour certaines assurances automobiles américaines, la déclaration du kilométrage réalisé dans l’année (n) conditionne la prime de l’année suivante (n+1). Le taux moyen de sous déclaration est estimé à 15% par rapport au Km réellement fait. Un Nudge a été testé pour tenter d’améliorer les déclarations. Au lieu de signer la déclaration sur l’honneur à la fin du document, les chercheurs l’ont mise sur l’entête du document, soit avant la déclaration. Ce simple changement entraîne une augmentation de 10% du nombre de Km déclarés, soit un gain pour l’assureur de 48$ par assurés. La simple réorganisation de la structure du document, de l’architecture de choix, permet de modifier le comportement de l’assuré et donc d’augmenter les revenus.

Quelques exemples de nudges pour l’assurance

Voici quelques exemples de nudges qui sont ou pourraient être pertinents pour l’assurance en fonction des objectifs:

  • Réduire les risques: L’incitation à mieux conduire.
    • La solution mise en œuvre par Liberty Mutual et relayée ici consiste en un mélange de gamification et d’information aux conducteurs. Grâce à la télématique embarquée, la solution permet à chacun de consulter ses informations de conduite et d’envisager comment mieux conduire et donc comment réduire sa prime, le taux de réduction s’actualisant en direct tous les jours pendant 3 mois avant d’être figé.
    • En poussant l’exercice en dehors du périmètre pur d’intervention de l’assureur, nous pouvons noter que le fait de tracer, sur la route, des bandes blanches de plus courtes donne l’impression d’aller plus vite et incite à ralentir sans même s’en rendre compte.
  • L’incitation à la souscription:
    • Une étude relayée dans l’ouvrage ci-dessus (London Economics et YouGov en 2013 pour la FCA) a montré l’impact de la présentation de l’offre d’assurance en parallèle d’un autre produit. C’est le cas par exemple lors de l’achat de l’assurance lors de l’achat du mobile ou de l’assurance annulation de séjour.

assurance innovation et evolution comportementale

Au delà de l’aspect éthique discutable, cela montre bien l’influence de la stratégie de distribution sur les choix des assurés.

  • Le choix des priorités: Last-mile problems (lire pour cela cet article et celui-là)
    • La décomposition des populations peut se faire en fonction d’une probabilité de souscription. En identifiant 3 segments (effort faible, moyen et fort) grâce à l’intelligence artificielle, on peut alors déterminer qui a la probabilité la plus forte de parcourir le dernier « mile » jusqu’à la souscription. Ces populations pour lesquels l’effort est faible se verront traité différemment pour recevoir, le moment venu, un petit coup de pouce! Cela peut prendre la forme d’un texto, d’un petit message sur l’écran ou d’un mail de bienvenue lors donnant le petit plus qui suffira à les convaincre.

Je reviendrai ultérieurement sur ces questions avec d’autres cas d’usage détaillés pour imaginer plus précisément comment utiliser ces méthodes.

Ajuster les offres

La plupart des offres actuelles sont très standardisées. Elle tiennent compte d’un besoin considéré comme identique pour tous les assurés. A l’heure de l’individualisation, pourquoi ne pourrait-on pas envisager d’adapter la couverture plus finement en fonction des risques véritables des assurés. J’entends déjà les réactions: « C’est le propre de notre métier », « Nous le faisons déjà », les contrats proposent des options et des choix de niveaux pour s’assurer en fonction de son besoin ». Très bien, mais en vrai, peut-on réfléchir autrement?

Le discours de Wilov est très intéressant sur ce point. La plupart des assurés auto conduisent moins de 50jours par an. Pourtant ils sont couverts à temps plein. En inventant le « Pay-When-You-Drive », leur postulat de départ est de ne faire payer les conducteurs que lorsqu’ils conduisent! Le prix n’est pas nécessairement beaucoup plus faible, en revanche, le ressenti de l’assuré est bien meilleur (sous réserve que l’expérience utilisateur soit au rdv bien sur!).

La démarche d’Inspeer va dans un sens similaire. Partant du postulat que changer le comportement est compliqué, Emmanuelle Mury et son équipe travaillent sur la notion de groupes affinitaires qui vont autour de l’usage. En clair, ils identifient des comportements similaires, et créent l’offre qui correspond. J’y reviendrai également dans un article dédié!

En bref, la notion d’offre est encore trop vue aujourd’hui comme unique, identique pour tous. En effet, les systèmes informatiques ne permettaient pas de déployer facilement et rapidement des variantes et la personnalisation, ou l’illusion de la personnalisation se faisait au niveau du marketing. Il est temps de passer à un niveau supérieur!

 

Et vous, qu’en pensez-vous? Quand commençons-nous à remettre vos offres à plat?

Swiss Re – Revue globale de l’assurance 2017

revue globale de l'assurance 2017

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SwissRe vient de publier sa revue globale de l’assurance 2017 et ses prévisions 2018. Le document est accessible à ce lien (Global insurance review).

L’innovation est essentielle, mais pour identifier de nouvelles réponses, je reste persuadé qu’il faut bien comprendre l’état du marché actuel. Ce type de rapport est donc essentiel pour affiner la grille de lecture de ce qui se passe dans le monde qui nous entoure! D’autant plus lorsqu’ils donnent de précieux éléments de compréhension des solutions innovantes! Continuer la lecture de « Swiss Re – Revue globale de l’assurance 2017 »

Accenture – Réimaginer le futur de la distribution

reimaginer le futur de la distribution

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Accenture publie son dernier rapport dédié à la transformation de la distribution en assurance. L’ambition est de réimaginer le futur de la distribution. La dernière version de ce rapport datait de début 2016.

La digitalisation transforme la distribution en assurance

Le rapport s’appuie sur un sondage réalisé auprès de 400 managers du secteur dans le monde entier. Le premier enseignement est que la grande majorité des acteurs travaillent ou envisagent de travailler à une restructuration du modèle de distribution, et notamment en tirant parti des avantages du digital. Seul 1 acteur sur 5 n’y pense pas.

Accenture fait émerger six tendances:

  • Canaux digitaux
  • Expériences utilisateurs améliorées par la connaissance client
  • Changement du rôle de l’agent
  • Le futur des comparateurs
  • Le rôle des écosystèmes
  • L’internet des objets.

Continuer la lecture de « Accenture – Réimaginer le futur de la distribution »

Insurection by Groupe April: Compte Rendu

insurection by groupe april

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Le lundi 6 novembre 2017, le Groupe April a organisé l’événement Insurection, voulu comme le plus grand événement français dédié aux insurtechs. 300 personnes étaient présentes, et, dans le cadre de nos activités autour de l’innovation dans l’assurance, j’étais présent pour représenter Siltéa.

Retour sur cette journée, avec les éléments clés à retenir: les tables rondes et les startups présentes. Continuer la lecture de « Insurection by Groupe April: Compte Rendu »

BAIN – Fidélisation de l’assuré par les écosystèmes

fidélisation de l'assuré par les écosystèmes

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Le cabinet de conseil en stratégie Bain a publié en septembre son rapport annuel sur les consommateurs de produits d’assurance grand public (Auto, MRH, Santé et Vie). L’étude porte sur l’analyse internationale (20 pays) de 172000 clients, leur pratique, leurs comportements et s’intéresse en particulier à la fidélisation de l’assuré par les écosystèmes.

Plus précisément, l’objectif de Bain est d’analyser plus en détail ce dernier point. En effet, le postulat de départ est simple :

  • les clients changent en moyenne de contrat d’assurance tous les 3 à 6 ans
  • plus de moitié des assurés n’ont eu aucun contact, quel qu’il soit avec leur assureur dans les 12 derniers mois.

Ainsi, comment est-il possible d’exploiter le levier de la fidélité pour attirer ou retenir de nouveaux assurés. Continuer la lecture de « BAIN – Fidélisation de l’assuré par les écosystèmes »

Université St Gall – The current insurtech landscape

current insurtech landscape

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Un rapport d’analyse a récemment été publié par deux chercheurs de l’Institute of Insurance Economics de l’université de St Gall en Suisse, en coopération avec Swiss Re. Il s’agit d’Alexander Braun et Florian Schreiber. Ce rapport de 194p s’intitule « The current insurtech landscape – Business models and disruptive potential« . La réputation de l’université et le support de Swiss Re donnent quelques indices sur la qualité du rapport en question!

L’objectif du rapport est ambitieux et triple:

  • Etablir un état des lieux du milieu des insurtechs dans le monde, et comprendre quelles catégorisations sont utilisées;
  • Proposer une catégorisation plus pertinente faisant notamment mieux apparaître les questions de business models
  • Etudier le potentiel de disruption et les réactions possibles des assureurs traditionnels.

Continuer la lecture de « Université St Gall – The current insurtech landscape »