La blockchain c’est pour les chiens!

Le 13 septembre dernier, Axa a publié un communiqué de presse très remarqué sur le lancement de Fizzy: une assurance paramétrique couplée à une technologie blockchain. Je reste dubitatif sur les arguments avancés, notamment en ce qui concerne la blockchain.

Principes de fonctionnement

Le principe est simple! L’assureur propose une couverture contre les retards d’avions qui se déclenche automatiquement sans avoir besoin d’une déclaration de sinistre par l’assuré. C’est un produit simple qui se prête bien à l’assurance paramétrique. Une nuance toutefois, les données mises à dispositions par les opérateurs aériens ou aéroports sont limitées, ce qui contraint aujourd’hui AXA à limiter l’exercice uniquement sur les vols depuis / vers l’aéroport parisien de Roissy Charles de Gaulle.

Le cas d’usage s’approche donc énormément (pour ne pas dire quasiment identique) à l’offre proposée par Bajaj Allianz au printemps dernier, et dont nous nous faisions l’écho ici. Il était déjà question de Blockchain, et j’étais déjà dubitatif à l’époque!

L’élément complémentaire qu’apporte Axa est le principe d’une blockchain ouverte et connue de tous (du moins des spécialistes): Ethereum. Cela permet d’utiliser les smart contracts, et selon Axa, de sécuriser les échanges et les transactions.

Usage de technologie inutile ?

2 points me perturbent dans ces propositions (Bajaj et Axa).

Technologie inutile

Tout d’abord, il n’est en aucun cas nécessaire de faire appel à une technologie blockchain pour gérer de l’assurance paramétrique. Ce type de produits, certes peu répandus encore aujourd’hui, n’est pas nouveau et fonctionne déjà. Par exemple, Swiss Re a proposé en début d’année à Taiwan une solution paramétrique dédiée à l’aquaculture lors des Typhons. S’il pleut plus de 480mm durant 2 jours consécutifs, l’assurance se déclenche, et le sinistre est réglé automatiquement sur les bases convenues.

La notion d’assurance paramétrique (ou index based insurance en anglais) s’appuie sur des produits construits ad-hoc avec des paramètres objectifs et mesurables mis à disposition par des tiers. Ainsi, lors de la souscription, l’assuré se couvre pour un risque mesuré et pour un montant convenu.

Lors de l’occurence du risque (et si possible avec des données qui sont fournies automatiquement au système, de la part des services météo dans le cas de SwissRe), un simple moteur de règle intègre et interprète le flux entrant de données pour déclencher un virement automatique à l’assuré.

En clair, SI (pluviométrie > 480mm ET jours > 2) ALORS Remboursement.

Autrement dit, pas besoin de blockchain pour cela. Il n’empêche que c’est faisable avec la blockchain, mais c’est une débauche d’énergie inutile! Dans le cas d’Axa ou de Bajaj, gageons que l’objectif est plus de réaliser un proof of concept pour en valider les principes avant d’envisager d’autres implémentations.

Argument spécieux

L’argument invoqué par Axa pour justifier l’utilisation de la blockchain est la sécurité.

  • D’une part, l’assurance paramétrique n’est pas en soi prise en défaut de sécurité pour justifier une couche additionnelle
  • D’autre part, la blockchain n’a pas fait la preuve de son absence de risques.

Je reviens sur ce dernier point! La blockchain est, par nature, sécurisée! Je ne reviendrais pas ici sur le fonctionnement, beaucoup de documentation existe sur internet. Toutefois, plus précisément, elle sécurise ce qui y est entré, mais n’empêche en aucun cas, des manœuvres frauduleuses avant l’entrée ou à la sortie de la blockchain. Ainsi, nous avons vu ces dernières années des opérations de vol / truanderies autour de la monnaie bitcoin, qui ont mis sur la paille plusieurs gros opérateurs de cette monnaie.

L’argument sécuritaire me semble donc légèrement usurpé! C’est une tentative marketing pour enrober ce que le commun des mortels ne comprend pas!

La blockchain c’est pour les chiens ou rares cas d’usage de la blockchain

Ne vous y trompez pas: je suis plutôt favorable à la technologie blockchain! En revanche, je suis à la recherche de véritables cas d’usages pertinents pour l’assurance. A ce jour, je n’en vois qu’un!

Avantages et inconvénients de la blockchain

La blockchain a plusieurs avantages:

  • Décentralisation des nœuds au sein d’un réseau.
  • auto-correction si un nœud du réseau est altéré ou modifié (c’est ce qui justifie l’argument de sécurité)
  • Cryptage des données

Toutefois, plusieurs limites importantes s’appliquent:

  • « Scalabilité » réduite: les performances sont plutôt mauvaises dès que les volumes s’accroissent trop
  • Coûts opérationnels: c’est une technologie très énergivore. (cf. consommation électrique des data-centers/centres informatiques qui « minent » des bitcoins)
  • Difficulté d’implémentation entre de multiples acteurs qui doivent partager les mêmes technologies et solutions.

Ainsi, malgré les atouts manifestes, il n’en demeure pas moins que l’utilisation concrète de la blockchain est complexe.

La blockchain c’est pour les chiens!

A ce jour, un seul cas d’usage n’a retenu mon attention comme un véritable exemple viable de la blockchain dans l’assurance. Il a été rapporté par le rapport Market Force. Il s’agit d’utiliser la blockchain au Royaume Uni pour les contrats d’assurance pour chiens et chats (et de manière plus générale cela pourrait être étendu pour tout animal). Tous les assureurs peuvent alors partager une base commune des risques (les animaux) afin de garantir qu’une dépense de santé pour un animal n’est soumise qu’à un seul assureur et donc éviter les fraudes. Ceci est possible grâce à la blockchain, qui simplifie la procédure et la rend plus rapide et plus fiable. Les volumes sont gérables sans difficulté majeure de performance, et la réglementation plus faible que pour les individus rend  nécessaire des contrôles plus approfondis.

Au delà de cet exemple précis, toutes les démarches citées, y compris celle du consortium B3i qui reste à suivre, me semble des utilisations de la blockchain pour surfer sur la vague du buzz médiatique, mais pas toujours à bon escient.

Parlons-en!

Qu’en pensez-vous? Ai-je manqué quelque chose d’essentiel ?

N’hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires ou remarques. Je suis curieux d’améliorer ma compréhension sur ce sujet!

Si vous souhaitez un avis sur vos projets, contactez moi, nous pouvons nous rencontrer et en parler!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *