SwissRe – Unveiling the full potential of telematics (Italy)

Le réassureur Swissre publie régulièrement des notes d’analyse ou d’expertise sur ses domaines de prédilection. Ils ont récemment publié une étude (Unveiling the full potential of telematics – an Italy case study) sur l’évolution des « telematics », ces objets connectés embarqués. En français, le titre de l’étude est prometteur: « Dévoiler tout le potentiel des objets connectés embarqués – Cas pratique de l’Italie ».  Cette étude fait suite à une autre plus générale et sur le même sujet, publiée fin 2016: Telematics – Connecting the dots.

Le postulat de départ est simple. L’Italie compte en Europe, le plus fort taux d’offres d’assurance appuyées sur ces fameux telematics. A fortiori, c’est là-bas que l’on trouve le plus fort taux de pénétration de ces objets connectés dans les véhicules. Ce rapport veut en faire un retour d’expérience, et surtout étudier quelles options pourraient être étendues à d’autres pays.

Constats

Niveau d’adoption

Le premier constat mis en avant concerne la nécessaire courbe d’adoption de ce type de technologie et Swiss Re montre qu’un délai important (plus de 20ans est nécessaire avant de pouvoir profiter au mieux du potentiel).  L’Italie en est assez proche, car les premiers essais ont débuté au début des années 2000.

L’Italie compte aujourd’hui près de 15% du parc de contrats d’assurance auto concerné par ces objets connectés.  Cela permet d’atteindre un seuil significatif à partir duquel on peut décemment envisager des communications avancées véhicule-infrastructure, voire véhicule-à-véhicule. Cela signifie que 2 véhicules pourraient mutuellement se prévenir de dangers/embouteillages sur la route afin de recalculer automatiquement un itinéraire. Ces éléments préparent l’étape suivante (norme ADAS: Advance Driver Assistance Systems) qui accélère l’avancée vers les véhicules autonomes. Il est de plus en plus convenu que le développement de ces éléments pourrait à terme significativement réduire les risques d’accidents sur les routes. Pour mémoire, ceux-ci sont aujourd’hui causés à 90% par des erreurs humaines.

En termes purement statistiques, l’Italie est clairement en avance: près de 5m de véhicules concernés, contre 3,3m aux Etats Unis (pour un volume total autrement plus important) et à peine 0,6m au Royaume-Uni. De plus, la plupart des objets connectés sont permanents alors qu’aux Etats-Unis par exemples, ce sont le plus souvent des objets amovibles et branchés pour une durée limitée seulement.

Déterminants de l’adoption

Le rapport s’intéresse aux éléments qui permettent d’expliquer la pénétration du marché. Assez logiquement, il met en lumière une corrélation entre le taux de réduction constatée et le taux de pénétration. Autrement dit, l’acceptation de ce type d’objets n’existe que si la promesse d’une réduction de prime est annoncée par l’assureur. En revanche, il est intéressant de constater que la pénétration est équivalente sur toutes les tranches d’âge. C’est étonnant à double titre:

  • Pour les jeunes, plus friands de ce type d’offres, et qui peuvent gagner gros sur les primes. Les assureurs sont en général assez frileux et ont donc dû faire un effort conséquent sur les prix et les estimations de risques;
  • Pour les plus âgés, qui ont déjà des tarifs attractifs et sont peu adeptes naturellement des ces technologies. Les assureurs ont donc dû promouvoir près de 50% de gains sur la prime!

Par ailleurs, les auteurs montrent la  pénétration la plus importante sur les contrats ayant la prime la plus forte. Ceci vient notamment du fait d’un intérêt autour des garanties vol (service d’accompagnement en cas de vol et réduction de prime sur cette garantie) plus fort que sur d’autres véhicules. Le même commentaire peut être fait concernant l’âge des véhicules, la pénétration la plus forte se fait sur les véhicules les plus récents.

Avantages

Nous l’avons vu précédemment, l’intérêt pour les clients se situe au niveau de la prime. Côté assureurs, de nombreux avantages apparaissent par la structuration des données qui sont mis à leur disposition. Cela améliore les procédures qui vont exploiter ces données de manière optimale.

Cette collecte de données s’applique pour l’instant essentiellement au kilométrage. Les contrats UBI (Usage-Based Insurance) sont donc principalement des contrats PAYD (Pay As You Drive). Il existe parfois des distinctions entre les kilomètres effectuées de jour/de nuit ou en semaine/week-end. Cela représente aujourd’hui un quart des contrats appuyés sur des objets connectés.

La cible suivante correspond au PHYD (Pay How You Drive). Ces contrats ne sont pas aussi développés aujourd’hui que les précédents, mais leur montée en puissance est plus rapide. La collecte comprend des informations de vitesse, de freinage, liée aux conditions météorologiques par exemple.

Dans les 2 cas, la collecte va de pair avec une promesse de réduction de prime faite en amont sur la base de déclaration avec des réajustements pour les années suivantes si besoin.

L’exemple de l’Italie apparaît comme l’un des plus avancés !

Toutefois, selon les pays, les clients ne sont pas tous prêts à accepter ce type d’intrusion. Si l’Italie est en avance, la France et l’Allemagne en revanche seraient plus réticentes.

En effet, les offres actuelles ne sont peut-être pas encore suffisantes pour apporter de la valeur et convaincre des clients réticents. Les assureurs ont sûrement encore des cartes à jouer pour exploiter au mieux ces informations collectées et proposer des offres au prix variable en fonction du kilométrage parcouru, avec des incitations à réduire les parcours ou améliorer la conduite, etc.

Côté services à valeur ajoutée, les préférés les clients sont les options anti-vol, de localisation de véhicule ou encore d’aide à la déclaration du sinistre.

Etude de cas

Services proposables grâce aux objets connectés embarqués / telematics

L’étude présente une liste d’opportunités de services à valeurs ajoutées grâce aux telematics tout au long du « voyage du client ». On notera, entre autre:

  • Pendant la conduite: Alertes sur la vitesse ou les conditions météo, contrôle de position du véhicule dans une zone sécurisée (pour garantir la protection des jeunes conducteurs ou des plus seniors), suspicion de vol lorsque un style de conduite atypique est repéré, etc.
  • Dans le cas d’un accident: le marché italien est considéré comme très en avance sur ce cas par la mise en place d’une expérience utilisateur avancée.  Par exemple, une proactivité par un appel sortant vers l’assuré lorsqu’un sinistre est repéré pour l’accompagner dans les démarches ou l’envoi de secours selon la gravité. Un autre exemple donné est la dématérialisation totale de la déclaration du sinistre par un e-constat automatisé, etc.
  • A l’arrêt / parking: localisation du véhicule, alertes en cas de mouvement ou de dommages, etc.

L’apport de valeur pour les assureurs

Trois éléments sont mis en avant dans cette étude de cas:

  • L’augmentation du nombre d’interaction avec l’assuré améliorant donc la proximité avec l’assuré
  • Création de connaissance sur les risques et les clients
  • Amélioration de la profitabilité, grâce à la sélection des risques et la spécialisation des offres

Sur ce dernier point, l’étude relaient certains éléments de Matteo Carbone qui sont éloquents et montrent un gain de 0.8 pts de résultat grâce à la mise en œuvre de ces objets connectés embarqués.

Quelques précisions sont apportées sur cinq axes essentiels:

  • Sélection des risques: Anti-sélection dès la souscription, mise à disposition de données pour refuser des risques sur certains critères plus accidentogènes que d’autres.
  • Tarification au risque / individualisé: Possibilité d’ajouter des informations obtenues grâce à ces objets dans des formules de tarification de plus en plus fines et précises. A ce stade, de nombreuses variantes peuvent exister, au choix des assureurs
  • Services à valeur ajoutée: Tous les services au-delà de l’assurance pure qui répondent à des besoins des utilisateurs, au moment et au lieu où ils en ont besoin
  • Contrôle du résultat technique: détection rapide des sinistres, meilleure description des sinistres, meilleure orientation vers les bons prestataires, etc. Les bonnes pratiques sur le marché italien montre une amélioration de 5% du temps sur la gestion des sinistres et une réduction de 6% du montant de l’indemnisation sur les portefeuilles concernés par ces objets connectés. De plus cela permet de réduire le risque de fraude.
  • Loyauté et programme d’amélioration des comportements: via des procédures de gamification, il est possible de proposer des récompenses en cas d’amélioration des comportements et de réduction des risques. Par exemple, du cash-back en bons d’essence pour VitalityDrive en Afrique du Sud. Il est essentiel dans ce cas de rendre la tarification transparent pour inciter à respecter les règles pour améliorer son tarif ou obtenir des récompenses.

Preuves d’améliorations sur le marché italien

Quelques exemples très précis sont présentés. Par exemple, sur un portefeuille comparable (conducteurs de 18 à 25 ans à Naples), la fréquence des sinistres est de 6,08% avec objets connectés et de 8,31% sans objets connectés. Cela représente une réduction de près de 20%.

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